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Un deuil pour une Résurrection...

©ElTico
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L'aficionado candide n'imagine pas tout ce qui se trame dans l'ombre avant que trois noms apparaissent sur une affiche. La confection du cartel du dimanche de Résurrection de Séville, corrida la plus prestigieuse de la saison, est un terrible exemple des luttes de pouvoir qui font rage dans les bureaux et au bout du fil.

Les médias espagnols les mieux informés ont expliqué les coulisses de la partie de poker. Attention, sac de nœuds et panier de crabes.

Roca Rey a demandé à l'empresa - qui par ailleurs cogère sa carrière - des toros de Garcigrande, qui sont pourtant loin d'être ses préférés. Le but ? Exclure habilement de la table Pablo Aguado, chouchou sévillan qui pourrait lui faire de l'ombre, et dont il sait qu'il goûte peu l'élevage salmantin. Du genre : "- Chéri, on est obligé d'inviter machin à dîner, qu'est-ce qu'on fait ? - Une raclette, il déteste ça". C'est un peu gros. Tellement gros que El Juli a préféré passer son tour plutôt que de se voir accuser d'avoir lui-même manigancé ce veto déguisé sur Aguado. Alors, qui pouvait bien faire oublier au public sévillan l'absence de l'enfant chéri aux côtés de Roca Rey et de l'incontournable Morante ? Manzanares ? Sa cote a dégringolé et il est déjà engagé à Arles le dimanche en question. Ponce ? Séville n'a jamais adhéré à ses bonnes manières aseptisées.

C'est ainsi que Talavante est sorti du chapeau. Une surprise pour tout le monde, sauf pour ceux qui jurent qu'un pacte a été noué entre le revenant et le Péruvien lors d'une rencontre secrète, cet été. Mais ce qu'on retient surtout, c'est que Roca Rey refuse déjà la confrontation avec Aguado, et qu'Aguado refuse déjà des élevages comme Garcigrande. C'est désespérant de prudence. Et d'autant plus déplorable que si les deux toreros s'entêtent, les aficionados devront faire le deuil de ce qui aurait être la plus belle opposition de style et la plus excitante rivalité de la décennie qui commence.

Romain Fauvet