"El Rafi" à l'affiche de la corrida mixte de la Feria des Vendanges : "C'est du bon stress et de l'ambition, surtout"...

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©ElTico
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C'est à l'occasion de la Fiesta Campera organisée vendredi dernier par sa Peña dans les arènes de Saint-Gilles, que nous avons pû revoir "El Rafi" après ces longs mois de disette taurine.

Le Nîmois sera à l'affiche de la première corrida de la Feria des Vendanges, une mixte de prestige hommage à la tauromachie française. Une belle opportunité en compensation d'une alternative initialement programmée, mais que la pandémie de Covid-19 a balayé en même temps que l'essentiel de la temporada 2020...

 

CorridaFrance : tout d'abord, comment te sens-tu après cet entraînement dans les arènes de Saint-Gilles ?
"El Rafi" : Je me sens très bien après cet entrainement avec les deux toros de Blohorn. Il ne s'agissait pas de toros faciles, ni de toros collaborateurs. Mais c'est bien, en privé, de rencontrer ce genre de toros qui te permettent de progresser et de résoudre les problèmes qu'ils te posent. Donc, pour moi, cela a été un entraînement intéressant.

CorridaFrance : tu t'étais vêtu de lumière à cette occasion. Était-ce pour faire plaisir aux membres de ta Peña, qui avaient organisé cette soirée, ou pour une autre raison ?
"El Rafi" : Effectivement, j'avais mis le costume et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce que je ne l'avais pas porté depuis plus d'un an et qu'il faut se réhabituer à le porter. Le costume de lumières, ce n'est pas un jogging... C'est un peu pesant et parfois pas très commode à porter. Donc, c'est bien de se réhabituer à le mettre. Et c'est vrai aussi que pour la Fiesta Campera, c'était une manière de faire plaisir aux gens. Ca faisait "d'une pierre deux coups"...

CorridaFrance : on t'a vu très attentif aux conseils de ton apoderado de toujours, Patrick Varin. À ce que je vois, la confiance est toujours à l'ordre du jour entre vous deux.
"El Rafi" : Oui, avec Patrick, cela fonctionne toujours aussi bien et je suis très attentif à ses retours. J'ai confiance en ce qu'il me dit car je vois qu'on continue à bien progresser, à bien évoluer. Nous complêtons ensemble le travail que je fais en Espagne l'hiver. C'est toujours très important pour moi d'écouter son analyse et d'avoir un oeil extérieur. Car parfois, lorsque l'on torée, on ne voit pas tout et un oeil extérieur peut être très utile pour nous aiguiller, pour nous conseiller. C'est très important.

CorridaFrance : Comment avez-vous maintenu le contact durant le confinement ?
"El Rafi" : J'ai passé le confinement à proximité de chez Patrick, puisque j'étais au Cailar. Evidemment, nous ne nous sommes pas beaucoup vus, mais je m'entraînais là-bas et nous avons pû malgré tout maintenir le contact. Il nous tardait que tout cela finisse pour pouvoir nous entraîner plus normalement et surtout, retrouver le campo.

CorridaFrance : revenons sur cette temporada si spéciale, que tu avais débuté très tôt et de façon spectaculaire avec un indulto à la clé. N'est ce pas d'autant plus frustrant que tout se soit ainsi arrêté alors que tu semblais en pleine confiance ?
"El Rafi" : Si, bien sûr, c'est frustrant. Je me sens bien et dans un bon moment. J'avais une bonne temporada avec Séville, Valencia, Madrid... toutes les grandes arènes et aussi des arènes importantes pour les novilladas. J'avais envie de faire une temporada complète, de partir avec le coche de cuadrilla, de faire des voyages, de me sentir bien et d'avoir un bon rythme, de toréer beaucoup... Voilà ce qui m'a manqué... et je suis certain que pour moi, cela aurait été une grande temporada. Mais bon, ce n'est pas grave. On a bien commencé l'année et j'espère qu'on va bien la terminer, puisque j'ai la chance de toréer en fin de saison. Quant à l'alternative, ce n'est pas bien grave. Je ne suis pas forcément pressé de la prendre et ce sera donc pour l'année prochaine. Je suis plus impatient d'être bien dans mon toreo, de m'exprimer comme je le souhaite et de toréer, tout simplement...

CorridaFrance : justement, parlons aussi de ton alternative prestigieuse qui était programmée dans les arènes de ta ville. La décision de la reporter vient-elle de toi et si oui, pour quelles raisons ?
"El Rafi" : La décision de reporter vient de moi et de mes apoderados. Nous étions tous les trois d'accord, ce qui est souvent le cas car nous nous parlons beaucoup, nous nous écoutons beaucoup et nous nous faisons mutuellement confiance. Je pense que c'était la meilleure option à prendre, car je n'ai pas toréé de l'année et cela ne servait à rien de se jeter dans la gueule du loup si vite alors que je peux encore toréer et que j'ai encore des choses à dire en tant que novillero. Donc, nous avons jugé que ce n'était pas le moment de la prendre. On va attendre l'année prochaine. Tout le monde est arrêté, malheureusement, personne n'avance... Donc, si ce n'est pas cette année, ce sera l'année prochain een espérant qu'on nous laisse faire une temporada complète pour arriver rodé et lancé à l'alternative, pour passer ce cap et continuer sur la même lancée en tant que matador de toros. L'objectif, ce n'est pas tant de prendre l'alternative que de continuer sur le même rythme au niveau supérieur. Ce qui est le plus dur. Et c'est la raison pour laquelle sans ce rythme, ce n'était pas la peine de prendre cette alternative.

CorridaFrance : tu seras tout de même à l'affiche de cette Feria des Vendanges nimoise, puisque tu effectueras le premier paseo du cycle dans une corrida hommage à la tauromachie française. Comment s'est présentée cette opportunité ?
"El Rafi" : En effet, je torée le jeudi avec Lea Vicens et Sébastien Castella et je suis très heureux de toréer cette corrida mixte. Elle représente beaucoup pour moi, car si la novillada a disparu, je suis tout de même au cartel de la Feria. J'en suis très à la fois très heureux, mais conscient de la responsabilité qui m'incombe. L'opportunité s'est présentée quand il a été décidé de ne pas programmer la novillada. Nous avons été contactés par l'empresa qui nous a proposé cette corrida mixte et comme je te le dis, je suis très fier de pouvoir malgré tout être à l'affiche avec deux monstres de la tauromachie française. Pour moi, c'est un petit rêve qui se réalise de pouvoir toréer aux côtés de Sébastien Castella, et en plus sans avoir prix l'alternative.

CorridaFrance : c'est une corrida mixte de grande responsabilité, qui avait quasiment rempli l'amphithéâtre avec Juan Bautista au cartel à ta place il y a deux ans. Les consignes sanitaires feront qu'il n'y aura pas le plein cette année. Comment prépare t-on un tel rendez-vous en ayant si peu toréé avant ?
"El Rafi" : Avec beaucoup de mental, mais sans se faire trop de soucis car j'ai eu la chance de vraiment beaucoup toréer au campo. Je sais aussi que ce temps de réflexion durant le confinement m'a permis de bien évoluer. C'est ce qui m'importe d'ailleurs, de voir que je suis toujours en évolution dans ma tauromachie. J'arrive dans de très bonnes conditions à Nîmes et je vais tout donner pour être au niveau de la catégorie du cartel. Dans ma tête, je suis bien, j'ai envie de faire les choses bien et de me régaler. Donc, partant du principe que tu as envie de te régaler et que tu aimes ce que tu fais, lorsque tu es heureux là où tu es, il n'y a aucun problème... C'est du bon stress et de l'ambition, surtout...

CorridaFrance : différentes initiatives ont permis cet été à des toreros, notamment français, de toréer et aux éleveurs de vendre quelques toros et de minimiser les effets de la crise. Comment as-tu perçu ces initiatives et penses-tu que ce format puisse être pérénisé ?
"El Rafi" : Je trouve que ce sont des initiatives qui ont été bénéfiques pour les toreros, pour les ganaderos et pour les aficionados. Parce que tout le monde avait envie de voir des toros, les toreros avaient envie de toréer et les éleveurs besoin de vendre des toros. Mais je ne pense pas que ce format doive perdurer si, comme je l'espère, on sort de cette crise et de cette pandémie. Parce que c'est trop proche de la corrida dans les arènes. C'était le format qui convenait parfaitement au moment que nous traversions, mais je pense qu'à l'avenir, nous reviendrons aux fiestas camperas comme nous les connaissons. Mais c'est vrai qu'il s'agissait de belles initiatives et qu'il faut remercier les personnes qui en sont à l'origine. Le déficit pour les ganaderos concernés aurait été plus impotrant et pour nous, toreros, il nous aurait manqué des entraînements. Quant aux aficionados, ils auraient dû encore attendre et espérer des occasions de voir des toros.

CorridaFrance : comment se passent tes rapports avec ton apoderado espagnol, par ailleurs très actif en Espagne pour faire en sorte que la tauromachie sorte de la crise qu'elle traverse là-bas ?
"El Rafi" : Je m'entends très bien avec Alberto (Alberto García, gérant de "Tauroemoción Espectáculos Taurinos" - NDLR) qui me correspond parfaitement. Patrick s'entend également très bien avec lui et réalise très bien de son côté, le rôle de Directeur Artistique qui lui a été confié. Je m'entraîne avec Patrick et Alberto me trouve des contrats en Espagne. C'est quelqu'un de très humain, mais qui a beaucoup d'ambition. Il est en train de devenir de plus en plus important dans le milieu des impresarios. Il prend de la force et se bouge beaucoup pour créer l'évènement. Il ne s'est pas laissé abattre par la crise, ce que j'ai beaucoup apprécié et j'essaie d'être à sa hauteur devant les toros, d'avoir autant de hargne et d'ambition que lui pour y arriver

CorridaFrance : comment vois-tu l'avenir de la tauromachie post-covid ?
"El Rafi" : Il est vrai que pour l'instant, l'avenir de la tauromachie est incertain car on ne sait vraiment pas de quoi demain sera fait. On ne sait pas si on va trouver un vaccin, si cela va durer encore trois mois, un an ou deux... Mais je garde confiance... J'espère que ce n'est qu'un petit cauchemar et que cet hiver, on va trouver un vaccin et que la situation sera stabilisée. J'ai bon espoir que l'on puisse, l'an prochain, profiter d'une saison entière et que les arènes puissent se remplir à nouveau. Je reste positif car il n'y a que comme ça que l'on peut avancer.

CorridaFrance : que faut-il te souhaiter maintenant ?
"El Rafi" : Une belle fin de temporada... ou un bon début, je ne sais pas comment on peut l'appeler... D'être heureux dans les arènes en train de toréer et que tout le monde soit heureux autour de notre passion, les toros...


Propos recueillis par Laurent Deloye ElTico

 

Voir le reportage photographique : ElTico