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Baptiste Cissé : "la force du défi"...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Né à Bayonne il y a 23 ans vivant à Josse un petit village landais, Baptiste Cissé est un enfant du sud-ouest. Son parcours est atypique car il vient tard au toreo.

Attiré par la tauromachie depuis son plus jeune âge, car d’une famille aficionada, il va dès l’âge de 5 ans fréquenter les grandes arènes du coin (Mont de Marsan, Dax, Bayonne). De là à embrasser la carrière des porteurs de costumes de lumières il y a un grand pas à franchir car les parents de Baptiste ne sont pas du tout emballés par l’idée !
Aussi Baptiste pendant 3 ans se frottera au bétail via la course landaise dans laquelle il excellera en tant que sauteur (champion de France des Jeunes Sauteurs, vainqueur du trophée de la Madeleine de Mont de Marsan et des Fêtes de Dax). Une sorte de pis-aller jusqu’à la majorité où il intègre l’école taurine dirigée par Richard Milian Adour Aficion.
Tardif pour faire des débuts en partant de zéro, mais sa volonté et sa conviction vont persuader le maestro catalan de s’occuper de lui à partir de 2012.
Apprentissage accéléré pour un démarrage en non piquée en 2014 à St Laurent D’Aigouze au gré d’une substitution. C’est surtout en 2015 et 2016 que Baptiste torée lors de deux saisons complètes.17 novilladas en 2015, 28 en 2016, la plupart en France.
BTS Muc en poche, Baptiste décide de se consacrer à plein temps à la tauromachie dès 2017. Après un galop de remise en route à Magescq pour le démarrage de la temporada dernière, il fait ses débuts en piquée à Pâques à Mugron en avril 2017.

CF : « Pour Mugron et tes débuts en piquée, quel a été ton ressenti ?»
BC : « Forcément d’un début on en attend personnellement beaucoup, c’est un passage, et je souhaitais le marquer beaucoup plus. J’ai donné le maximum et si je n’en rejette pas la faute aux novillos, j’ai fait avec ceux qui m’étaient proposés qui ne m’ont pas permis de m’exprimer comme j’aurais souhaité le faire.

CF : « A la sortie de cette novillada où tu coupes une oreille, avais-tu des contrats déjà signés ? »
BC : « Non, rien de vraiment concret, au final j’ai eu Mont de Marsan grâce aux votes des abonnés -un vrai rêve pour moi-, Millas et une substitution à Orthez au lendemain de Mont de Marsan. »

CF : « Comment s’est passé ce deuxième contrat à Mont de Marsan ? »
BC : « J’étais impatient de toréer les novillos de Patrick Laugier chez qui j’avais tienté avec mes compagnons de cartel (A Salenc/T Garcia) et ça s’était très bien passé. Malheureusement, ça n’est pas sorti comme espéré. J’étais déçu mais aussi énervé contre moi d’avoir pinché à mon second novillo alors que j’aurais pu couper une oreille, et d’avoir bien estoqué le premier pour « rien ».

CF : « Tu as pu analyser ta course ?»
BC « Je n’ai pas eu le temps de trop cogiter car ce soir-là, Adrien Salenc se blesse et à 3 heures du matin, j’ai confirmation que je torée à onze heures à Orthez.

CF : « Face à des novillos de Valverde, pas évident ? »
BC : « C’est vrai que Richard Milian m’a laissé le choix de ne pas répondre favorablement à ce contrat, mais comme je savais que s’il me le proposait, il me sentait capable de relever le défi, j’ai accepté et j’ai bien fait car les novillos se sont laissés « faire » notamment le premier qui m’a laissé m’exprimer mais là aussi l’épée m’empêche de couper l’oreille.

CF : « L’épée c’est un problème ? »
BC : « A mes débuts en 2015, j’ai eu des problèmes avec, alors qu’en 2016 elle m’a permis de couper de nombreux trophées. Tout allait bien jusqu’à Mont de Marsan car même pour mon dernier contrat à Millas je pinche à mes deux novillos. Et même s’il n’y avait d’oreille à gagner ça m’a agacé »

CF : « On sent et c’est bien normal que tu fais attention aux réactions du public mais détaché de cette pression, dans l’absolu quel est le toreo que tu aimerais produire ? »
BC : « J’aime les tracés longs, quitte à négliger un peu la posture du corps. Je ne suis pas préoccupé par le relâchement. J’aime le poder et le dominio, le rapport de forces avec l’animal. A la limite je préfère un animal un peu violent plutôt qu’un novillo qui sortira plus maniable, même si Richard dans ces cas là me dit de profiter, de plus de toréer avec la ceinture en étant relâché, naturellement ce n’est pas mon concept. Ce qui me fait vibrer, c’est d’arriver à soumettre un animal avec du caractère. D’ailleurs cela peut me porter tort quand il me sort un bon novillo car je peux lui casser le moral »

CF : « Comment du coup tu travailles à l’entraînement »
BC : « Le maestro s’adapte à la personnalité de chacun, me concernant il essaie de me faire travailler ce côté tauromachie plus relâchée, comme il sait que naturellement je vais être dans une tauromachie de pouvoir. Mes modèles sont les maestros Juli, Perera et Castella qui font aujourd’hui une tauromachie dont je m’inspire même si j’admire aussi paradoxalement, le maestro Luque qui est dans une tauromachie très en rondeur. »

CF : « Depuis que tu es en piquée tu as abandonné les banderilles, pourquoi ? »
BC : « Les banderilles c’est quelque chose où je ne me suis jamais régalé même si j’avais des dispositions selon Richard, au point que ça me posait plus de problèmes de savoir comment banderiller mon novillo que de savoir comment le toréer. J’ai donc pris la décision d’arrêter avant que ça me pénalise plutôt que le contraire. »

CF : « Plutôt capote ou muleta »
BC : « Le capote car je me sens facile, plus à l’aise, plus naturel »

CF : « Tu as commencé tard est ce que cela a eu une influence sur ta tauromachie ? »
BC : « Sûrement, parce que je n’ai touché mon premier capote qu’à 18 ans, et j’ai forgé ma technique au fur et à mesure des novilladas que j’ai toréées car je suis très peu sorti en capea et si je suis de temps en temps sorti de second en tienta, je n’ai pas toréé beaucoup de vaches non plus. La première fois que j’ai mis à mort un eral c’est pour mes débuts à Saint Laurent d’Aigouze. Chaque sortie était un apprentissage, c’était dur de faire parler mon sentiment alors que je testais ma technique à chaque passe »

CF : « Ce n’était pas aussi dur de sortir avec des compañeros plus aguerris lors de tes débuts en sans picador ? »
BC : « Je n’ai jamais été complexé par rapport à ça, cela m’a même donné de la force pour exister, c’était dur bien sûr mais cette différence d’éducation taurine m’a servi pour m’affirmer à chaque course au-delà de mon envie »

CF : « Quel est ton rapport à la peur dans l’arène »
BC : « En fait je n’ai pas peur de l’animal, j’ai surtout peur d’être mal, de l’échec, de trahir la confiance des gens et des proches qui me soutiennent. Je suis un perfectionniste, c’est à la fois ma qualité et mon défaut comme dit le maestro Milian, et c’est ça qui me fait le plus peur ne pas maîtriser les choses ! »

CF : « Après cette saison 2017 et ces 4 novilladas, comment s’annonce 2018 ?»
BC : « Je m’entraîne, je me prépare en attendant les opportunités. Pour l’instant, il n’y a rien, il y a des discussions mais rien d’officiel, j’espère avoir déjà une ou deux opportunités pour montrer mon évolution et tout ce que je peux donner et dire pour rester dans le milieu. Je suis prêt à aller partout ! J’espère aussi que je pourrais aller dans le sud-est, même si je sais bien qu’il n’y aura pas beaucoup de contrats. Je ne fais pas partie de ceux qui débutent une temporada avec quelques contrats en poche, mais cela me donne de la motivation, de la race (sic). Je le prends comme une force car je vais tout donner, pour montrer que je suis capable. C’est un défi à relever, et me connaissant ça ne peut que m’aider pour montrer que j’ai ma place. »

CF : « Et l’alternative ? »
BC : « C’est un rêve bien sûr, un but mais je ne me suis pas fixé de date, il se passera ce qu’il se passera, je reste centré dans le fait de me préparer, de vouloir toréer, de progresser. J’ai toute ma motivation, et tant que je ne serai pas épuisé je continuerai ..»

CF : « Ton itinéraire est un vrai chemin de traverses »
BC : « C’est vrai, j’ai dû relever les défis, passer outre les réticences de mes parents. Déjà en course landaise, j’ai voulu être sauteur alors que je ne savais même pas si j’étais capable de sauter mon chien et un an après j’étais champion de France des jeunes. Quand j’ai eu 18 ans, je suis allé trouver Richard pour lui dire mon envie de toréer. Après notre discussion, il  m’a dit de venir s’entraîner. Quand mon père l’a découvert, il ne l’a pas bien pris. Il est venu me voir quand même toréer une vache un an après à Soustons, ça s’était bien passé et ça l’a convaincu de ma détermination et de mes capacités. Depuis il me suit partout et pour moi c’est une victoire, ça me donne beaucoup de forces »

CF : « Dernier point Richard peut se montrer dur parfois, comment tu gères ça »
BC : « C’est vrai au début c‘est dur, on n’a pas l’habitude qu’un adulte te parle comme ça, mais ça sert pour d’endurcir, te construire et savoir si tu es capable de supporter la pression. Il teste ce que tu peux « aguanter » et supporter dans ce milieu si difficile. Il pique pour te réveiller, et s’il faut ne pas en abuser, c’est un défi qu’il me lance et ça me fait avancer ».

Il ne reste plus qu’à souhaiter à Baptiste Cissé de continuer son apprentissage et trouver les opportunités de continuer à cheminer vers son destin.

(propos recueillis par Thierry Reboul et Philippe Latour – Magescq 05 février)